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Louise Wimmer travaille comme femme de ménage à temps partiel dans un hôtel pour un salaire indécent, cherche à se faire un peu de thune en vendant des couverts en argent et des foulards, dort dans sa voiture en fantasmant un logement des services sociaux, siphonne des réservoirs d'essence, trouve la force de vaincre en regardant quelques photos de vacances d'un temps révolu et en écoutant Nina Simone jusqu'à l'épuisement. Il s'agit sans doute du synopsis le moins vendeur et le moins excitant de cette nouvelle année, noyé au milieu des comédies fédératrices à succès comme Intouchables. En effet, de quoi craindre l'inflation glauque, le misérabilisme gras, le pathos gluant. Miraculeusement, il n'en est rien. Pour son premier long métrage de fiction, le documentariste Cyril Mennegun redéfinit le «film-social» en échappant aux écueils du genre, en faisant abstraction des modèles imposants et donc en évitant de faire du sous-Pialat ou du sous-Dardenne (Rosetta, c'était il y a plus de dix ans maintenant).

Louise Wimmer : photo Cyril Mennegun

Aujourd'hui, Rosetta approche la cinquantaine, victime de l'ultramoderne précarité: elle a tout perdu du jour au lendemain à cause d'un divorce mal négocié, a trop de fierté pour s'effondrer devant les autres et ne sait pas comment rebondir dans un système capitalisme où les vieux actifs ne peuvent plus être exploités comme les jeunes. Mennegun touche un nerf sensible, très actuel et tabou. Tirer sur la corde sensible n'aurait pas rendu service à son personnage, allégorie du délitement social, luttant pour sa dignité et croisant la route de chacun, dont l'envie ardente de se reconstruire passe pour de l'arrogance aux yeux des aveugles - sans doute la scène la plus cruelle. Visage inconnu et rageur comme naguère Emilie Dequenne dans Rosetta, Corinne Masiero (47 ans) incarne ce personnage tout sauf sympathique (pas de sourire, pas de pincettes, pas de minauderie, pas de sur-jeu) refusant tout apitoiement à une heure où l'écoute a totalement disparu et l'altruisme est devenu une qualité en voie de disparition. Si le combat de son personnage consiste à survivre chaque jour, son combat à elle en tant qu'actrice serait de ne pas rendre Louise Wimmer anonyme ou, pire, oubliable. La bonne nouvelle, c'est qu'une fois sorti de la salle, ce prénom et ce nom ne s'oublient pas.






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