Du 2 au 6 mai
De la forteresse des croisés, il ne reste que des ruines ; de l’avant-poste bétonné, il ne reste que du gris froid et austère, et du fer rouillé ; des vies alentours, rien sauf des bombes qui tombent inlassablement ; de l’armée, que des appelés âgés de moins de 25 ans, véritable chair à canon. Ce métrage engagé de Joseph Cedar est un véritable pamphlet contre la guerre. Pendant deux heures, aucun civil n’est visible. Seule la vie d’une vingtaine de jeunes militaires palpite sous le regard hagard des spectateurs. Rejeté par de plus en plus d’israéliens, ce conflit absurde n’en est pas moins réel. Le film est rythmé par les bombes qui tombent, blessant, tuant les uns après les autres ces jeunes derniers occupants israéliens en terre libanaise, qui n’ont pas même le droit de répliquer. Ils sont là pour subir et accepter le rôle qu’on leur a assigné : mourir pour la patrie. Personnage central du métrage, le jeune lieutenant qui a tout juste 22 ans, symbole de cette absurdité, est empêtré entre les murs bétonnés du fort, tout comme il est coincé entre son devoir d’obéir et le désir si humain de sauver ses hommes, même si, en l’occurrence, les deux sont impossibles. Il est implacable, voire violent, à la limite de l’intransigeance, quand il s’agit de suivre les ordres. Terrifié par la peur de perdre l’autre, il se montrera impuissant quand il faut sauver son meilleur ami. Il sera pourtant le dernier dans le fort avant son abandon et sa destruction, la survie de ses hommes passant avant tout.
La plus grande force du film réside dans le fait qu’il n’y ait pas de héros, juste des êtres tellement humains qu’on finit par s’identifier à eux, par subir leur sort. La violence du combat, la beauté des images, la peur qui transpire des soldats et de la pellicule nous parcourent le corps et vont droit en plein cœur. Avec justesse, sans fioriture et sans larmoiement, Joseph Cedar nous embarque dans cette citadelle : il la connaît parfaitement, ayant erré pendant 9 mois (entre 1987 et 1989) dans ses galeries souterraines. Il nous livre cette expérience avec toutes ses contradictions, sa violence et ses faiblesses, dans une réalisation soignée qui nous tient sans cesse à bout de souffle .
Sans concession face à l’arrogance d’un état qui a du mal à accepter la perte de cet avant-poste et une armée inflexible nonobstant la détresse de ses hommes, la réalisation de Joseph Cedar, permet au cinéma israélien de s’enrichir d’un jalon de plus. Les Américains n’y sont d’ailleurs pas restés insensibles puisqu’ils l’ont sélectionné dans la catégorie du meilleur film étranger pour les Oscars en 2008. Un choix tout à fait judicieux vu le caractère universel de ce métrage à découvrir absolument.
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